Le Jour du Sud ( suite)
Les premiers rayons du soleil, en entrant dans l'abri, me ramenèrent à mes efforts. Un travail interminable. Me souvenant que j'étais obligé de prier, je me remis au centre, rampant par la porte, et saluant l'astre qui montait. Je recommençai mon travail, remerciant les Grands-Pères de la vision, cherchant de nouvelles perspectives. Toute une longue journée, debout et au bord des prières, sans pour autant m'y engager. La pulpe ardente du soleil giclait du ciel. Brûlé, je rentrai dans l'abri à reculons. Il y faisait encore plus chaud, mais le soleil ne cinglait plus directement.

Ma vision revenait, solide et dressée, comme une roche en prière. Elle me gardait de la folie.

Se concentrer. Respirer. Compter les souffles à s'en remplir la tête.

Mon corps entier était une gorge criant la soif, la faim.

Je demeurai pourtant, attendant la descente de ce soleil, l'arrivée de Lekshi, l'eau... Ma solitude me transperçait. Je voulais vivre. Mourir.

Mais je ne mourais pas. Le soleil restait là, figé. Le soleil ne bougeait plus du tout, ne bougeait plus. Cette heure immense dans le ciel arrêté!

Quand Lekshi arriva, j'étais assis au centre, la pipe entre les mains, tête baissée et marmottant, perdu le long des rêves. Il me tapota sur tout le corps d'un éventail en aile d'aigle, et je baignai dans la purifiante fumée du cèdre. Ma respiration était quasi inaudible. Je me mis à pleurer.

Lekshi prit de sa poche une poignée d'herbes et la porta à ma bouche. Lèvres mouillées de la fraîcheur! Il prit une étoffe imbibée d'eau et, doucement, la passa sur mon dos, le cou, la tête, le visage.

-"Maintenant, tu comprends nos chants de souffrance. Tu connais toi aussi la souffrance!" Il me parlait avec tant de compassion qu'il me semblait entendre encore les six Grands-Pères.

-"Viens, nous partons!". Les aides entrèrent dans l'enclave, ramassant tout. Et nous descendîmes de la montagne pour traverser la distance qui nous séparait de l'inipi.