Le Jour du Sud
Je me retrouvai à ce qui ressemblait à un carrefour, au croisement de deux routes relativement indistinctes, si ce n'est que l'une, qui allait de l'ouest à l'est, était noire alors que l'autre, du nord au sud, était de couleur rouge.

Je vis que je me trouvais debout, juste à l'est et au centre de ce croisement, où soudain apparut la silhouette d'un jeune homme qui s'habillait à la mode des Indiens anciens. Il chevauchait un haut cheval, et à côté de lui se tenait un autre cheval, blanc, mais sans aucun cavalier.

-"Viens avec moi, mon frère" dit-il.

J'enfourchai le cheval blanc et me trouvai immédiatement transporté dans un ciel rempli de petits animaux qui me faisaient signe au passage. Nous survolions une terre de feuilles et frissons d'arbres où dormaient les tipis de paisibles villages. A l'entour, une masse blanche de nuages, voile de rayons intermittants. Le nuage s'ouvrit et devant moi se tenait une assemblée de six vieillards, assis en demi-cercle sous un grand tipi.

-"Pourquoi tant de souffrances, mon petit-fils? Pourquoi ton coeur se ferme-t-il?"

-" Mes Grands-Pères, je ne sais. Je suis seul. Ma famille s'est séparée de moi, il y a longtemps. Je n'ai plus ni l'espoir ni la volonté de voir mon avenir. Mais ici, je sens la bonté. Puis-je rester parmi vous?"

-" Hrunh, dit le Grand-Père noir, grand-père de l'ouest."

Le Grand-Père du sud prit la parole: -" Il y a ceux qui souffrent vraiment, qui meurent seuls dans les rues. C'est une solitude."

-"Mais ce cancer me tue!"

-" C'est en fermant ton coeur que tu as fermé la route de ta guérison."

De nulle part, apparût un animal étrange et drôle qui me grimpa dessus et se mit à creuser dans ma poitrine. -"Elle s'y trouve encore dit-il." Et il disparût dans un éclair gris de fourrure.

-" Tu as encore du temps. Tu portes encore en toi la clé de ta vision. Tu dois repartir. Nous t'attendrons et veillerons sur toi! Utilise ta vision à bon escient! Adieu, petit-fils."

Je regagnai connaissance, tenant encore la pipe entre les mains, mais je luttais entre une confusion et fatigue dont je n'avais jamais auparavant fait l'expérience, flottant entre deux mondes.