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L'inipi terminé, nous prîmes nos affaires et commençâmes notre voyage. Ils m'amenèrent au site où je resterais dans un cercle sacré jusqu'au lendemain. Le travail fini, et tout mis en place, ils s'en allèrent, me laissant seul, entouré de mes craintes, mes espoirs, mes prières et la pipe sacrée.
J'avais à présent le temps de regarder autour de moi. Le chemin que nous avions suivi en grimpant dans la montagne nous avait menés au travers d'une forêt de pins et chênes et autres essences résineuses et caduques. Au bout du chemin s'était dressée une immense porte en piliers de moraines, par laquelle il avait fallu passer pour enfin arriver à l'endroit où je me trouvais debout maintenant. Les grandes moraines qui m'entouraient, ombres des gardiens anciens, avaient formé une enclave naturelle, protégée de trois côtés, suspendue au bord du précipice au versant d'une montagne orientée à l'est, où se levait à présent le soleil. J'avançai lentement vers l'abîme pour voir dans la vallée, à six cent mètres au-dessous, le corps de serpent vif de la rivière, glissant argent à l'angle du soleil. Je saluai cette nouvelle aube, feu aux nuages flottant à l'horizon.
Ce jour de l'Est avait commencé dans l'espoir et mes yeux touchaient bien mon visage, le réchauffant. Une compréhension tactile de ma place dans le monde et de ma maladie s'imposait. |
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Pendant que la lumière grandissait, je commençai à prier aux quatre directions, au Grand-Père au-dessus et à la Grand-Mère en bas. Je priais aux êtres invisibles à qui je demandais les dons de l'Est. Mes yeux tombèrent sur les blocs de granit qui se trouvaient à mes pieds, recouverts de l'herbe sacrée jetée par Lekshi, encroûtés de lichen comme une peau tachetée et terreuse, grand protecteur des éléments...
Priant, je me tournais dans chaque direction, chaque fois essayant d'avantage de concentrer ma volonté sur leur pouvoir. Je remarquai la secousse verte du printemps poussant vers le ciel de lumière. Elle me parlait. Et comme elle, je me mis à danser, perdu dans la prière de ce corps, invoquant son esprit et implorant la vie.
Je dansai ainsi toute une longue journée, chancelant de fatigue. J'entendais les bruits du silence dehors et en-dedans, grandissant au soleil qui grimpait dans le ciel d'un bleu clair à casser.
Je fermai les yeux. Un chant montait, chant envoyé des Anciens et je chantai aussi, à haute voix. Rouvrant les yeux, tandis que je répétais cette chanson que je venais de recevoir, j'aperçus un point qui grandissait au nord... Coursier premier au Mystère Grand, Wakan Tanka, un aigle planait nord-sud. Mon coeur s'emplissait à craquer. Mes prières seraient entendues. Je redoublai d'efforts et jusque dans la soirée dansai dans le cercle sacré. |
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