Quel immeuble de fous! Aujourd’hui je suis allé voir Mme Frederikson de l’appartement no 32 pour l’interroger. En entrant dans l’appartement j’ai aperçu les colocataires de la Norvégienne, mais je savais déjà que la conversation avec Mme Frederikson deviendrait assez fatigante et durerait assez longtemps…
Après m'avoir cordialement souhaité la bienvenue,nous sommes entrés dans sa chambre. Et voilà la première surprise : Une puanteur horrible, sentant le vin, vodka ou une chose pareille. Elle ne semblait pas le sentir, m’a prié de m’asseoir et m’a demandé pourquoi j’étais venu.
Mais d’abord il m’a fallu trouver de la place sur son canapé couvert de sacs plastiques, vêtements et journaux et, finalement assis et serré entre une canadienne ancienne et un Express de 1993, j’ai eu le temps de regarder la chambre. Comme les jalousies étaient toujours fermées, il était assez sombre. Les meubles noirs contrastaient bien avec les murs blancs. Juste au milieu de la paroi vis-à-vis de moi une photo était pendue : Un jeune homme, riant, un Scandinave ? Au-dessous, sur une petite table, il y avait d’autres photos de cet homme – à coté de quelques bougies à chauffe plat qui en combinaison avec les
milliers de pétales me faisaient croire que c’était une sorte d’autel. J’étais sûr que ce n’était personne d’autre que le mari de Madame Frederikson, mort il y a quelques années. Les autres locataires de l’immeuble m’avaient déjà raconté les problèmes avec l’alcool qui empêchaient MmeFrederiskon de vivre une vie comme tout le monde.

Sa question « Vous aussi boirez quelque chose ? » m’a dérangé et en me notant qu’elle avait ces problèmes j’ai réalisé qu’il me fallait commencer mon interrogatoire. Mme Frederikson qui avait finalement trouvé une bouteille de rouge sous son lit ne semblait pas savoir de quoi il s’agissait. Etait-elle une actrice formidable ou simplement trop naïve ?

- Mme, depuis que Mme Doinel est morte, qu’est-ce que vous avez fait, pendant ces jours ?

- Mort, qui est morte ? Mme Donaild?

- Mme Doinel. On l’a trouvée poignardée il y a quelques jours. Personne ne vous l’a raconté ?

- Non, non. Morte, comme mon pauvre mari.

Elle regardait immobilement la photo de ce jeune homme au-dessus de l’autel. Je me suis aperçu qu’elle n’avait fait rien que le regarder pendant tout l’interrogatoire.

- Mme ?

- Ah oui, continuez, continuez.

- Alors, Mme, il me semble que vous n’avez rien vu ou aperçu concernant ce crime, n’est-ce pas ?

- Non, je suis innocente.

- Mais vous connaissiez Mme Doinel ?

- Oui, un peu. Je l’ai vue une ou deux fois, mais c’est déjà tout. Je n’ai rien à voir avec cette affaire, Monsieur l’inspecteur.

- D’accord. Où est-ce que vous étiez à ce moment, quand on a commis ce crime ?

- Je ne sais plus, faire les courses ou une chose pareille. Monsieur, je suis fatiguée, ne pouvons-nous pas finir ?

- Non, je suis désolé. Pendant l’enquête préliminaire il faut le faire, interroger les témoins, trouver des preuves
etc.…

Notre conversation a continué et a duré encore une demi-heure, sans que j’aie pu apprendre des nouvelles. Elle n’avait pas vraiment connu la victime, elle n’avait rien vu, écouté, etc. Mais le fait qu’elle « ne sache vraiment rien », le fait qu’elle n’ait pas d’alibi, et sa personnalité instable, tout cela la rendait assez suspecte.

Après une demi-heure j’ai abandonné l’interrogatoire. Toujours les mêmes réponses, les mêmes regards vers la
photo et bien sûr l’alcool rendaient une conversation impossible. Peut-être que je vais « l’inviter » au commissariat
de police dans quelques jours.

En quittant l’appartement, très heureux de pouvoir finalement m’enfuir, j’ai entendu un de ses colocataires demander à Mme Frederikson : « Heidi, est-ce que tu as vu le grand couteau à découper ? » et elle semblait être choquée et nerveuse. « C’était plaisir, Monsieur » a-t-elle encore dit et puis elle a fini par me mettre à la porte d’une façon assez grossière.



En écrivant ces lignes, j’ai réfléchi un peu, … , oui, Mme Frederikson est une personne bizarre. Elle est assez lente
à parler et à se décider, quelque fois timide et absolument maître de soi. Mais est-ce que c’est la vraie Heidi Frederikson ? Ou ne joue-t-elle qu’un rôle, celui d’une femme timide et solitaire, pour ne plus être soupçonnée ?
Qu’est-ce qu’elle planifie vraiment ? Il me semble que c’est une femme assez fantasque qui pourrait vraiment être
à même de faire tout…

(Michael Steinlein)

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