|
|
|
A sept heures et demie, lInspecteur Jacquard était en train daller à son bureau au poste de police. Il connaissait bien le chemin, puisque si peu avait changé en quinze ans, lorsqu'il était venu faire un long stage avant de partir pour Paris. Bien sûr, il y avait plus de jeunes ici maintenant. Plus de voitures encombraient les rues, et plus de touristes s'entassaient sur les plagesce qui voulait dire plus de petits crimes comme livresse publique, le vole à la tire, le vandalisme..et aussi le trafic de drogues. Il y avait plus de trafic maintenant, et Marseille sétait décidée, avec laide de la Sûrété Nationale, à balayer ses rues. Cétait bizarre, parce que, de lextérieur, Marseille semblait si belle, si saine.
Ses supérieurs à Paris lavaient muté sous prétexte quil soccuperait du trafic des drogues, mais tout le monde, y compris lui-même savait que cétait vraiment pour léloigner des tensions générées par le travail dans la plus grande ville du pays. «Sa mutation, cest pour sa santé. Il est un atout pour la Sûreté, mais il suse au travail»--Jacquard entendait encore les mots du Directeur dans ses oreilles en traversant l'avenue Camot, et il a grimacé. Il était vrai que sa tension artérielle était subitement montée depuis les deux dernières années, |
|
|
|
|
que son médecin lavait averti que, sans repos, il aurait une crise cardiaque en moins de cinq ans, mais quand il a été mis au courant de sa mutation (qui était organisée en partie, sans doute, par le rat Bizet qui avait toujours été jaloux de son autorité), il lavait vue comme une rétrogradation. Et vraiment, étant donné son tempérament, son talent pour mener les enquêtes, cétait une rétrogradation au début. En outre, Jacquard ne pouvait pas supporter dêtre traité avec condescendance, dentendre les autres parler à voix basse, de penser à Bizet s'installant dans son ancien bureau . Mais il a accepté la mutation. Pouvait-il faire autre chose ? Quitter la Sûreté et abandonner sa pension et sa passion ? Senchainer à son bureau ? Avoir une crise cardiaque ? Naturellement, non. Donc, après quatorze ans de service et des meurtres résolus à la douzaine, Jacquard est venu à Marseille avec lintention de remplir son obligation dun an et puis de retourner à Paris à la fin de l'année.
Mais maintenant, les coins de sa bouche se relevaient pour faire ce que ceux qui le connaissaient reconnaitraient comme un sourire. Les vues et les sons de Marseille lui rendaient le cur plus léger, comme il ne s'était pas senti depuis son début de carrière dans la Sûrété. Il pourrait presque oublier Bizet et ses complots
« Oui, » pensait Jacquard en sentait les arbres qui étaient en fleur, « je peux rester icipeut-être que lan prochain sera plus supportable. »
Il a détecté une petite crispation dans sa moustache, la même crispation quil avait eu pendant ses premières années à Paris, quand il s'était gagné la reputation d' un « sixième sens » en menant les enquêtes. Il était un peu surpris de cette crispation, étant donné que dhabitude il ne la détectait que quand quelque chose dimportant dans une enquête allait se passer, mais il a décidé que cétait une indication liée excitation de son nouveau milieu. Ses supérieurs lui avaient donné un bon poste ici, dans lequel il pourrait encadrer beaucoup d'autres gendarmes, et, avec bonne chance, Jacquard aurait l' occasion de faire ses preuves avec la moitié du travail quil avait fait à Paris.
Mais il nétait pas sûr quil aurait cette chance. Cétait sa première semaine de travail à Marseille (la Sûrété lui avait donné des vacances supplémentaires de trois semaines que Jacquard avait passées, comme il maintenant le regrettait, à avoir le le cafard dans des bars miteux), et même s'il commençait à prendre plaisir à son séjour, il s'ennuyait encore un peu. Sa petite amie lui avait dit quil ne shabituait pas au temps libre, que son ennui passerait, que le répos était exactement ce dontil avait besoin.
Elle avait probablement raison. Il na pas fait attention à la crispation dans sa moustache. En passant lentrée en pierre du jardin du poste, il eutt silencieusement envie d'en étreindre la tranquillité. Bien sûr, il ne voulait pas de crise cardiaque. Donc, il a fait un effort distinct de sourire au jardinier, un court homme trapu qui était en train de lier les feuilles des jonquilles, mais il a fait un expression qui ressemblait plus exactement au ricanement vicieux dun chien grognant. Le jardinier a fléchi de surprise et de peur. «Eh bien,» pensa Jacquard «On shabituera à moi.» Il a ôté son chapeau et est entré dans le corridor frais du poste.
«Bonjour, Monsieur Jacquard,» le garde la salué en essayant de cacher dans son dos le magazine quil était en train de lire. Même si tout était tranquille ici ce matin-là, Jacquard ne voulait pas gagner une réputation de dégonflé, pas maintenant. Il a donc prétendu de n'avoir rien vu.«Bonjour, Monsier Meaux. Quelque chose dintéressant sest passé hier soir ?» Jacquard ésperait découvrir la source de la crispation frénétique de sa moustache, qui, malgré ses efforts vaillants de ne pas y faire attention, devenait plus insistante et maintenant lui donnait lapparance dun homme dont la bouche était attaquée par une furièuse chenille rouge.
Le garde changea de position. «Mme Trudeau ma rapporté quun ivrogne avait, ah, s'était soulagé dans son jardin. Un touriste a perdu sa camera. Des voles à tire. Comme dhabitude.
«Aha. Merci.» Jacquard et le garde sont restés là un moment de plus, sévaluant silencieusement jusqu'à se sentir mal à laise.
--Bien. Si cest tout, je vais à mon bureau
--Monsieur, sil vous plait, il y a du travail de bureau que je
Ils avaient été si pressés de combler le silence que leurs mots sont tombés en même temps. Le garde était encore nerveux en présence de son nouveau chef, et Jacquard
Cela faisait longtemps quil avait regardé un collègue dans les yeux et maintenant il se devait de communiquer par la parole et non par des notes. Il nétait pas encore accoutumé aux habitudes de cette ville ; tout y était si personnel. Donc il a acquiescé de la tête et puis sen est allé au bout du couloir pour trouver refuge dans son bureau.
Presque tout était encore dans des boites en carton. Il manuvrait autour et sest assis à son bureau, qui était nu, si ce nest pas pour un téléphone et un livre de bloc-notes. Il regardait le bloc-notes depuis cinq minutes, se demandant comment il allait pouvoir déballer toutes ces boites, quand le téléphone a sonné avec un bruit aigu qui la ramené au présent.
«Monsieur Jacquard ? Cest encore Monsieur Meaux.» Aha ! Maintenant il savait pourquoi sa moustache sétait crispée Il se tenait droit dans sa chaise. «Je naime pas vous dire cela, étant donné vos circonstances»--Nom de dieu ! Son visage brûlait de honte et de rage. Que le diable emporte ce directeur qui avait raconté à tout le monde ses problèmes de santé--«mais
quelque chose sest passé. On a découvert un cadavre dans limmeuble Lechef dans lAvenue Van Gogh. Il semblerait que la victime ait été poignardée et on veut que vous y alliez tout de suite.»
(Jillian Hinchliffe)
Suite |
|