S'il est donné à qui que ce soit de faire la connaissance de quelqu'un qui puisse radicalement changer le cours de sa vie, on peut dire qu'on a rencontré là un mystère. Certains y voient une coincidence. Moi, je l'appelle le magique. Ainsi ai-je fait la connaissance de Héron noir, que j'appelai "Oncle", Lekshi pour les Lakotas, les Sioux de la région du nord-centre des Etats-Unis.
Tout en raccrochant le téléphone, je commençai à penser à lui et aux dix années vécues là-bas, où il m'apprit à suivre le chemin rouge des Lakotas. Il m'avait fallu travailler sous la tutelle et la tyrannie de cet homme, simple et complexe, jaillissement d'ombre dans le soleil , qui n'avait cessé de m'étonner.
C'est en voyageant en auto jusque chez lui que je me mis à me rappeler les temps forts de ces dix années, peut-être pour me préparer ou me fortifier à la rencontre que nous avions arrangée et pour enrayer la peur et l'anxiété des quatre jours de cérémonies et de guérison qui m'attendaient.