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Madame Anastasie veuve Bignole
Sortie tout droit de la grande Comédie Humaine, Madame veuve Bignole passait la plupart de son temps dans la loge, une sorte de petite cage, chauffée l'hiver par un grand poelle à charbon qui occupait la moitié de la pièce. Sur le mur, au-dessus des boites à lettres des locataires, trônait le portrait de Victor Bignole en soldat, à l'âge de 20 ans. Il avait une petite moustache vrillée, assortie à deux petits yeux noirs pétillants. Quand Madame veuve Bignole regardait le portrait de son pauvre mari, elle ne pouvait s'empêcher de le voir en train d'embrasser la voisine du 12, et sa colère revenait, toute neuve, comme au jour de la grande découverte de son malheur! Victor eut l'idée de mourir deux jours après la scène mémorable et elle se consolait de ses malheurs en jouissant du malheur des autres. Madame Bignole aimait son métier de concierge. Le propriétaire, ce cher Monsieur Maurice, n'était guère souvent là, et elle règnait en reine sur l'immeuble. Assise, elle tricotait à longueur de journée et papotait avec les locataires le reste du temps. |
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| Elle avait des vues sur M. Caillou qui lui semblait un peu trop distant!
Elle détestait la moitié des locataires, tous trop jeunes ou un peu trop louches et déplorait la coexistence de l'immeuble avec le café qui occupait presque tout le rez-de-chaussée... ce qui ne lui laissait qu'une toute petite aire pour circuler... Elle était réfractaire à tout bruit et à l'odeur du tabac. Les locataires se devaient donc de fermer soigneusement la petite porte qui ouvrait sur l'immeuble, afin que les effluves du café ne pénètrent point dans son univers. Grâce aux bontés de ce cher Monsieur Maurice, elle jouissait gratuitement de l'appartement 01, ce qui lui permettait de passer de la loge à son appartement en temps record... L'incontournable Madame Anastasie veuve Bignole ne laissait entrer personne, non muni d'une clé. Ses yeux de verre veillaient au grain.... Mais, comme en tout il y a défaillance, elle devait se rendre assez fréquemment aux toilettes du 01, ce qui laissait parfois champ libre à certains intrus.... |
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